Premier interlude - Où l'on redonne la parole aux sprinteurs

2. Frisson sur Mirandol-Bourgnounac

Deux coureurs avaient prolongé le repos du lundi 11 juillet. Popovytch et Kolobnev avaient ainsi été épargnés par l’averse de grêle qui s’était abattue à Aurillac, au départ de la première étape de ces deux étapes de transition - celle qui conduirait Greipel à remporter le sprint de Carmaux.

 

Malade, blessé depuis les chutes de la 5ème étape entre Carhaix et Cap Fréhel, Yaroslav Popovytch était le troisième de la clique estropiée de RadioShack à quitter le Tour, après Brajkovic et Horner. Son départ isolait encore un peu plus Leipheimer et Klöden, lequel abandonnerait la course à son tour sur la route de Lourdes.

 

Jeune révélation du Tour d’Italie 2003 dont il se classa 3ème derrière Simoni et Garzelli, l’Ukrainien cristallisa sur lui de solides espoirs mais la suite de sa carrière, très en-dessous des attentes, fit taire les louangeurs qui avaient auguré de très grandes victoires. De fait, Popovytch se montramoins convaincant dès 2004, malgré une bonne mais presque décevante 5ème place au Giro. Il resta dès lors inférieur au niveau que ses débuts avaient permis d’espérer. Manifestement inapte à prendre la relève d’Armstrong à laquelle Discovery Channel escomptait le préparer sur le Tour de France, où l’on s’accommoda finalement du rôle d’équipier de premier rang dont il fut investi et qu’il ne dépassa jamais, il n’y obtint, au mieux (outre une victoire d’étape de moyen prestige en 2006) qu’une honorable 8ème place en 2007 et une fade 12ème en 2005, assortie du Maillot blanc de meilleur jeune.

 

Quant à lui, Aleksandr Kolobnev était sorti de l’épreuve pour avoir fait l’objet d’un contrôle antidopage positif à l’hydrochlorothiazide, une substance diurétique qui faisait de lui un importun. Le Russe de l’équipe Katioucha n’est pas un cancre. Deux fois médaillé d’argent au Championnat du monde en ligne (à Stuttgart en 2007 et à Mendrisio en 2009), et médaillé de bronze aux Jeux olympiques de Pékin (après disqualification de Rebellin, 2ème sur la ligne), ce spécialiste des courses en circuit qui est aussi à l’aise sur les grandes classiques est pourtant méconnu. Cette affaire, finalement peu tapageuse, ne lui fit néanmoins pas davantage de publicité et n’amplifia pas sa notoriété, ce qui lui épargna au moins le tollé qu’avaient subi par exemple Landis (2006), Rasmussen et Vinokourov (2007). Il n’écoperait finalement que d’une amende et d’un avertissement.

 

Deux coureurs avaient prolongé le repos du lundi 11 juillet, mais cent soixante-dix-huit autres s’étaient remis à la tâche et quittaient à peine le Massif central quand un frisson parcourut la côte de Mirandol-Bourgnounac, à la lisière du Tarn et de l’Aveyron. À quinze kilomètres de l’arrivée à Carmaux, le Maillot jaune et le Maillot vert étaient en tête de la course. Thomas Voeckler et Philippe Gilbert, flanqués de Gallopin, Devenyns et Tony Martin, venaient à l’instant de créer un écart, sous la puissante impulsion du Champion de Belgique qui, espérant éreinter Cavendish et sa suite, cherchait à favoriser les desseins de son sprinteur d’équipier Greipel. Voire les siens propres. Peu sujet au trac, Voeckler avait naturellement laissé libre cours à sa spontanéité, Maillot jaune ou pas sur le dos. Les quelques mètres d’avance que les cinq s’étaient octroyés n’avaient alors pas de quoi bouleverser la course, mais il suffisait d’un rien pour que cette sortie à peine improvisée devînt une audacieuse escapade. Malheureusement, Voeckler avait beau exposer sa motivation en les incitant à profiter de l’occasion, ses compagnons ne semblaient néanmoins pas déterminés à sceller l’entente. Il n’y aurait donc pas de folle bravade. Gilbert insista tout naturellement, ne réussit pas davantage que les six hommes de la principale échappée du jour (Delaplace, Di Grégorio, El Farès, Marcato, Minard, Vichot) qui n’avaient compté que quatre misérables minutes d’avance au maximum, mais son coup de butoir ne fut vraisemblablement pas tout à fait étranger au revers de Cavendish au sprint quelques minutes plus tard – et partant, au succès de Greipel.

 

Seule la première moitié du peloton franchit la ligne de Carmaux dans le sillage du Gorille. Entre Issoire et Saint-Flour l’avant-veille, Robert Gesink avait connu une nouvelle alerte dès la côte de Massiac en début d’étape et n’avait néanmoins pas perdu de temps à l’arrivée ; il avait encore une fois tenu le choc et conservé le Maillot blanc, mais la côte de Mirandol-Bourgnounac, classée en quatrième catégorie, avait davantage repoussé Hesjedal, désormais à un quart d’heure au classement général. Gadret que rien ne semblait vraiment retenir en course, et dont c’était effectivement le dernier jour, n’était que l’ombre de lui-même, et Kreuziger, désormais dénué de toute prétention, ne cherchait plus à empêcher ses retards, perdant près de six minutes dans chacune des deux étapes de transition.

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Voir le classement général à l'issue de l'étape 11.