2. De l'instabilité des Maillots distinctifs

Deux événements viendraient pourtant coup sur coup relancer la possibilité d’une opposition, à savoir l’arrivée hors des délais du gruppetto aux sommets du Galibier puis de l’Alpe d’Huez : si le grand nombre de retardataires dans chacun des deux cas permit assez facilement leur repêchage, la règle qui s’applique alors, et qui retire aux repêchés autant de points pour le compte du Maillot vert que l’étape en rapporte au vainqueur, fit perdre quarante points en deux jours à Cavendish (qui figurait parmi les repêchés deux fois de suite), vingt points à Gilbert et Rojas (qui subirent ce sort chacun leur tour). Deux fois plus accablante pour lui, la pénalité subie exposerait le Britannique à un retour de menace de la part de Rojas, qui le talonnerait de 15 points au matin du dernier jour. Le sprint ultime, cependant, lui donnerait définitivement raison, et il conclurait de surcroît sa saison par un titre de Champion du monde acquis le 25 septembre sur le circuit de Copenhague outrancièrement taillé pour lui.

 

Au soir de la 15e étape, bien qu’encore instable, le Classement par points était donc le moins obscur des classements distinctifs. Si le classement général offrait encore à huit coureurs la possibilité théorique de remporter le Tour et suscitait de plus en plus de perplexité, le Maillot blanc et le Maillot à pois n’avaient toujours pas trouvé non plus d’acquéreur définitif.

 

En effet, le classement du meilleur jeune hésitait encore entre quatre compétiteurs de talent qui étaient sortis des Pyrénées avec chacun l’espoir autorisé de l’emporter sur les autres et de se classer dans les quinze premiers du Tour : le Colombien Rigoberto Uran (Sky), l’Estonien Rein Taaramaë (Cofidis), les Français Pierre Rolland (Europcar) et Arnold Jeannesson (FDJ) se tenaient encore en deux minutes et des poussières, et il fallait ajouter, pour ne pas risquer de sous-estimer leurs chances de se distinguer dans les Alpes, le Néerlandais Rob Ruijgh (Vacansoleil-DCM) et le Français Jérôme Coppel (Saur-Sojasun). Ces six hommes se rangeaient, à l’orée des Alpes, de la 11e à la 22e places du classement général et ne se départageraient vraiment que dans les terribles étapes du Galibier et de l’Alpe d’Huez, qui verraient Uran s’effondrer et Rolland s’auréoler de gloire. Au soir de la 19e étape, Rolland et Taaramaë – qui aurait assuré un éphémère intérim entre Uran et Rolland – n’auraient plus de concurrence, tant les écarts créés dans les cols alpestres seraient grands. Le contre-la-montre de Grenoble ne permettrait pas à l’Estonien de reprendre l’avantage, et les quatre premiers du classement final du meilleur jeune (Rolland, Taaramaë, Coppel, Jeannesson) se suivraient au classement général de la 11e à la 15e places, seulement séparés par le Belge Kevin De Weert (13e).

 

Le Grand prix de la montagne quant à lui n’accordait à Montpellier que 2 points d’avance à Jelle Vanendert (Omega Pharma-Lotto) sur Samuel Sanchez (Euskaltel-Euskadi). Le vainqueur du plateau de Beille pouvait raisonnablement envisager de garder le Maillot jusqu’à Paris, d’autant plus que sa quête de points n’était nullement parasitée par un classement général où il ne figurait pas en bonne position, contrairement à l’Espagnol. Toutefois, le doublement des points à l’occasion des arrivées au Galibier et à l’Alpe d’Huez était de nature à menacer son avantage, a fortiori si les favoris y opéraient enfin de grandes manœuvres. C’est d’ailleurs bien ce qui compromettrait ses chances, puisqu’il ne saurait prendre aucun point dans les Alpes à cause des expéditions menées par Schleck et Contador. Le Luxembourgeois aurait d’ailleurs involontairement conquis le Maillot à pois sans la deuxième place de Sanchez à l’Alpe d’Huez, et c’est le grimpeur espagnol qui serait finalement récompensé.