1. Cavendish de plus en plus vert

À moins d’un gros coup de vent pour provoquer une bordure ou jeter les hommes au fossé, la 15e étape devait conduire ces messieurs de Limoux à Montpellier sans trop faire redouter d’incident majeur. Tous risques écartés, les sprinteurs devaient profiter de ce long dimanche de plaine pour réinvestir le terrain, et les favoris du Tour pour se reposer. C’est d’ailleurs à peu près ainsi que les choses se firent. L’équipe Europcar de Voeckler pouvait cette fois souffler un peu et, s’approchant du Golfe du Lion sans trop se soucier des cinq échappés du jour, siffler quelques airs de Trenet et de Brassens en leurs pays, et se rejouer quelques calembours de Bobby Lapointe à Pézenas.

 

Et en effet, les rares inquiétudes se dissipèrent, le vent ne se mêla pas à l’intrigue et la course se joua selon un scénario canonique. Delage, Delaplace, Dumoulin, Terpstra et Ignatiev, roulant de concert mais renonçant successivement à leurs louables prétentions, ne pouvaient rien devant la détermination des équipes de sprinteurs, d’autant plus ferme qu’on ne trouvait à Montpellier plus que l’avant-dernière opportunité d’un sprint massif et l’un des tous derniers lieux propices au gain du Maillot vert.

 

C’est que le Classement par points était devenu un enjeu urgent pour les trois coureurs qui se le disputaient depuis la Vendée et qui se tenaient encore en 24 points au départ de Limoux – soit l’équivalent, à peu près, d’un sprint intermédiaire ou d’une cinquième place dans une étape de plat. S’il en occupait la première position depuis qu’il avait gagné sa troisième étape à Lavaur, Cavendish (HTC-Highroad) demeurait néanmoins sous la menace réelle de Rojas (Movistar) et de Gilbert (Omega Pharma-Lotto), qui démontraient chaque jour leur résolution d’être ses deux meilleurs contradicteurs. Aussi les sprints intermédiaires qui, dans les étapes montagneuses, se couraient avant les grands cols et qui, comme on le sait, étaient plus richement dotés cette année, donnaient-il lieu à une joute quotidienne entre les trois hommes qui escomptaient faire main basse sur les quelques points restant à prendre après le passage des échappés. À ce jeu-là, Cavendish était à peu près imbattable, seulement devancé par Rojas dans la 13e étape. Le Britannique trouvait de plus un soutien idéalement organisé parmi ses équipiers, Goss et Renshaw se faisant un devoir de s’intercaler entre leur leader et ses adversaires, à un stade où chaque point pris à la concurrence rapprochait Cavendish du trophée. Et au rythme où allaient les choses, l’enfant terrible du sprint international semblait bien parti pour endosser son premier Maillot vert à Paris. Mais la troisième semaine et la traversée des Alpes n’ayant rien de futile, Cavendish savait que Gilbert, bien plus téméraire que lui en terrain hostile, pouvait encore refaire son retard et renverser la situation à son profit. Il lui fallait donc assurer ses arrières en prenant Montpellier. Quant à lui, coincé entre le meilleur sprinteur du monde et le meilleur chasseur de classiques du monde, l’Espagnol Rojas, que rien pour l’heure ne disposait à la gloire, persistait à jouer le rôle de l’ombre qu’il espérait convertir incessamment en premier rôle. Hélas ! aucune victoire d’étape ne viendrait le récompenser de sa belle régularité, par laquelle on le verrait se placer 8 fois dans les dix premiers des étapes de plaine, dont 6 fois dans les cinq premiers.

 

Montpellier fut donc le théâtre de la quatrième victoire au sprint de Mark Cavendish, une victoire prévue, facile et qu’il n’eut pas besoin de vouloir écrasante. Il s’imposait cette fois à Farrar (Garmin-Cervélo) et à Petacchi (Lampre-ISD), qui faisait là sa deuxième et dernière apparition de premier plan dans un sprint massif sur ce Tour 2011 (2e à Châteauroux). Par ce succès attendu et plutôt décontracté, Cavendish donnait donc un nouveau tour à la course aux points en s’accordant une avance qu’il serait désormais difficile à Rojas (37 points de moins) et Gilbert (71 points de moins) de rattraper. L’Espagnol et le Belge ne prendraient en effet que d’anecdotiques points à l’arrivée du lendemain à Gap et laisseraient leur rival remporter l’étape de Paris sans même la lui disputer.