Deuxième partie - De la plaine au Massif central : Où le Tour lacère

2. Favoris et courtisans : revue des effectifs

À l’orée du Massif central manquaient donc Brajkovic, Horner et Wiggins, tandis que Leipheimer était déjà rejeté à plus de quatre minutes. Les deux archi-favoris demeuraient les deux rivaux historiques :

-      Andy Schleck (Leopard-Trek) 26 ans, 2ème du Giro 2007, 2ème du Tour en 2009 et en 2010, excellent grimpeur, rouleur médiocre, champion pétri de classe,

-      Alberto Contador (Saxo Bank–Sungard), 28 ans, le meilleur coureur de Grands Tours au monde, déjà vainqueur de trois Tours de France (2007, 2009 et 2010), d’un Tour d’Espagne (2008) et de deux Tours d’Italie (2008 et 2011), excellent grimpeur, très bon rouleur, et surtout invaincu sur Grand Tour depuis 2007[1].

 

Ces deux-là étaient séparés par 1’30’’ en faveur du Luxembourgeois et entre eux se tenaient de sérieux candidats au podium :

-      Robert Gesink (Rabobank), 25 ans, 6ème du Tour 2010, nouveau spécialiste néerlandais des courses à étapes,

-      Jürgen Van den Broeck (Omega Pharma – Lotto), 28 ans, 5ème en 2010[2], premier Belge depuis Criquielion à ce niveau du Tour,

-      Ivan Basso (Liquigas-Cannondale), 33 ans, revenu au très haut niveau après l’Opération Puerto[3], vainqueur du Giro en 2006 et en 2010.

 

Pour n’être pas ou plus cités comme des outsiders, d’autres hommes intercalés n’en détenaient pas moins tous des références qui encourageaient à ne pas les négliger :

-      Peter Velits (HTC-Highroad), 26 ans, 3ème du précédent Tour d’Espagne,

-      Aleksandr Vinokourov (Astana), 37 ans, une des grandes vedettes de la décennie précédente, encore 3ème en 2011 du Tour de Romandie et du Dauphiné,

-      Damiano Cunego (Lampre-ISD), 29 ans, aussi bon dans les classiques que dans les Grands Tours (vainqueur du Giro 2004, et régulièrement bien classé), mais toujours décevant sur le Tour de France,

-      Vladimir Karpets (Katioucha), 30 ans, ancien Meilleur jeune du Tour (2004), épisodiquement bien classé sur Grand Tour, mais jamais étincelant.

 

Encore mieux placés, devant Andy Schleck (7ème à 12’’ de Hushovd) figuraient :

-      Cadel Evans (BMC Racing), 34 ans, quatre fois classé dans les 10 premiers du Tour en six participations, anciennement double vainqueur de la Coupe du monde de VTT (1998 et 1999),

-      Fränk Schleck (Leopard-Trek), 31 ans, deux fois 5ème du Tour (2008 et 2009),

-      Andreas Klöden (RadioShack), 36 ans, deux fois sur le podium du Tour (2004 et 2006), sorti d’un très bon printemps.

 

D’autre part, derrière Contador (24ème à 1’42’’) se trouvaient :

-      à 1’57’’ : Tom Danielson (Garmin-Cervélo), 33 ans, venu pour la première fois sur le Tour, mais trois fois classé dans les 10 premiers de la Vuelta (2005, 2006 et 2010),

-      à 1’57’’ : Christian Vande Velde (Garmin-Cervélo), 35 ans, révélé sur le Tour 2008 (5ème),

-      à 2’24’’ de Hushovd : Haimar Zubeldia (RadioShack), 34 ans, deux fois 5ème du Tour (2003 et 2007),

-      à 2’36’’ : Samuel Sanchez (Euskaltel), 33ans, Champion olympique, 4ème du Tour 2010, et s’illustrant régulièrement sur la Vuelta,

-      à 4’28’’ : Ryder Hesjedal (Garmin-Cervélo), 30 ans, vice-Champion du monde de VTT en 2003, monté en puissance sur les classiques en 2009 et 2010, inattendu 7ème du Tour en 2010,

-      à 4’29’’ : Levi Leipheimer (RadioShack), 37 ans, 3ème du Tour 2007, sept fois classé dans les 10 premiers des trois Grands Tours,

-      à 5’35’’ : Roman Kreuziger (Astana), 25 ans, spécialiste des courses à étapes d’une semaine (vainqueur du Tour de Suisse en 2008 et du Tour de Romandie en 2009), 9ème du Tour en 2009 et en 2010, récent 6ème et Meilleur jeune du Giro,

-      à 11’47’’ : John Gadret (Ag2r La Mondiale), 32 ans, ex-double Champion de France de cyclo-cross, grimpeur révélé sur le récent Giro (4ème)[4].

 

En outre, comme dans toute course et comme chaque année, plusieurs coureurs apporteraient leur contribution au déroulement du Tour sans avoir été forcément pressentis, soit à ce niveau de la compétition, soit dans ce rôle. Certains parmi eux s’étaient déjà fait un nom, ou étaient perçus comme des espoirs, d’autres encore se révèleraient tout à fait à l’occasion de ce Tour. Toujours est-il qu’à ce moment de la course, les observateurs n’examinaient pas spécialement leurs positions respectives. Les retards notables de plusieurs d’entre eux, enregistrés après sept jours de course, rendraient d’autant plus louable leur bon classement général final :

-      à 1’15’’ : Thomas Voeckler (Europcar), 32 ans, ex-double Champion de France, plutôt attendu pour des victoires d’étapes, mais qui bouleverserait le scénario de ce Tour,

-      à 2’13’’ : Rein Taaramaë (Cofidis), 24 ans, Champion d’Estonie du contre-la-montre, régulièrement apparu en haut des classements des courses à étapes d’une semaine, qui concourrait pour le Maillot blanc,

-      à 2’37’’ : Arnold Jeannesson (FDJ), 25 ans, espoir du cyclisme français, qui se montrerait à son avantage en montagne,

-      à 3’07’’ : Jean-Christophe Péraud (Ag2r La Mondiale), 34 ans, spécialiste mondial du VTT (vice-Champion olympique en 2008), Champion de France du contre-la-montre en 2009 malgré son statut amateur, tardivement passé professionnel sur la route (à 32 ans), participant à son tout premier Tour, qui se montrerait complet et très proche des meilleurs,

-      à 3’16’’ : Jérôme Coppel (Saur-Sojasun), 24 ans, rouleur-grimpeur talentueux, qui confirmerait partiellement les espoirs placés en lui,

-      à 4’24’’ : Rigoberto Uran (Sky), 24 ans, polyvalent, aussi bon sur les courses en ligne que par étapes, affranchi de Wiggins après son abandon, et qui courrait pour le Maillot blanc avant de s’écrouler dans les derniers jours,

-      à 6’16’’ : Pierre Rolland (Europcar), 24 ans, excellent grimpeur et piètre rouleur, pleinement révélé au fil de la course, et qui cristalliserait sur lui l’espoir de voir un Français gagner prochainement le Tour.

-      à 8’40’’ : Jelle Vanendert (Omega Pharma–Lotto), 26 ans, révélé sur la Flèche Wallonne (6ème), très bon grimpeur belge, qui se découvrirait dans les Pyrénées.

 

Enfin, et ce n’était pas anodin, le Tour 2011 se courait sans Denis Menchov ni Carlos Sastre, deux coureurs majeurs des années 2000 qui avaient chacun contribué à l’histoire récente du Tour.

 

Coureur complet, austère et discret, carrément énigmatique, le Russe ne passionnait certes pas les foules, mais avait notamment remporté trois Grands Tours (Vuelta 2007 et Giro 2009, ainsi que la Vuelta 2005 après disqualification de Roberto Heras pour dopage à l’EPO), et s’était plusieurs fois classé dans les premiers du Tour, terminant sur le podium du Tour 2010 derrière Contador et Schleck[5] - il avait construit ce classement sans trop se faire remarquer, effacé par le tapage médiatique entourant le duel Contador-Schleck et par sa propre tempérance. La disqualification de l’Autrichien Berhnard Kohl en 2008 l’avait vu se faire inscrire à la 3ème place.

 

Quant à l’Espagnol, régulier en montagne, endurant sur trois semaines, il avait établi quinze classements dans les dix premiers d’un Grand Tour, et s’était hissé six fois sur un podium[6]. Il avait tout de même parachevé son palmarès en remportant le Tour de France 2008, sans s’y faire attendre à ce niveau, et en l’absence de grand favori. Il s’était acquis ce Tour de transition grâce à une attaque unique, au pied de l’Alpe d’Huez, alors que cinq coureurs étaient encore en lice – dont Menchov et son équipier d’alors chez CSC, Fränk Schleck ; le contre-la-montre de Saint-Amand-Montrond aurait logiquement dû le renvoyer à ses fantasmes, mais Cadel Evans n’avait pas su saisir l’opportunité[7].

 

Menchov et Sastre n’eurent pas le loisir de tenter leur chance sur le Tour 2011, puisque l’équipe Geox-TMC, où il s’étaient tous deux retrouvés, n’y avait pas été conviée.



[1] Comme écrit plus haut, Contador se verra retirer le Tour 2010 et le Giro 2011 à la suite d’une longue procédure. Voir notre chapitre II.

[2] Van den Broeck et Gesink gagneraient une place dans le Tour 2010 après la disqualification de Contador. Tous les classements cités par ailleurs au titre du Tour 2010 sont concernés.

[3] Basso avait été suspendu deux ans, jusque fin 2008.

[4] De même que pour le Tour 2010, les classements du Giro 2011 seraient revus après la disqualification de Contador, et les coureurs gagneraient une place. Kreuziger serait donc reclassé 5ème et Gadret 3ème.

[5] Reclassé 2ème après disqualification de Contador.

[6] Dont plusieurs fois à la faveur de disqualifications.

[7] Voir le prologue de ce livre.

Voir le chapitre suivant.

Voir le classement général à l’issue de l’étape 7.