Première partie - Par monts et par sprints : Où Hushovd fait diversion

4. Le grand train des sprinteurs

Comme prévu, Redon, Cap Fréhel, Lisieux et Châteauroux tombèrent aux mains des sprinteurs ou assimilés. L’Américain Tyler Farrar intensifia davantage encore le lustre de Garmin-Cervélo en remportant sa première étape dès le lendemain du contre-la-montre des Essarts. Vingt mètres de plus eussent vraisemblablement suffi pour que Romain Feillu (Vacansoleil-DCM) créât la sensation sur ce sprint massif, ébréché six cents mètres plus tôt par la chute en soleil de Samuel Dumoulin dans le dernier virage, mais le sprinteur français cumulerait les places d’honneur sans jamais pouvoir prendre le dessus sur les spécialistes mondiaux de l’exercice. À 27 ans, Farrar se fit ainsi connaître sur la scène française et signa sa victoire d’un W, en mémoire de son précieux ami de Gand[1], Wouter Weylandt. Le Belge s’était tué le 9 mai dans une descente du Tour d’Italie, lors de la 3ème étape. Un vent de désolation avait soufflé sur le Passo del Bocco. Le Giro s’était drapé d’une funeste austérité. L’étape du lendemain avait été neutralisée en signe de deuil, et l’équipe Leopard-Trek du défunt avait cessé la course. Ainsi que Farrar, touché en plein cœur par la mort de son bon compagnon.

Victoire de Cavendish au Cap Fréhel...
Victoire de Cavendish au Cap Fréhel...

5ème à Redon, et n’étant pas du genre à se laisser dominer sur son propre terrain, le prodige Mark Cavendish (HTC-Highroad) remit les points sur les i dès après l’étape de Mûr-de-Bretagne, peu propice au sprint, et souffla au Cap Fréhel la victoire à Philippe Gilbert et José Rojas (Movistar). On tenait là les trois meilleurs candidats au Maillot vert, ceux qui se montreraient les plus assidus, les plus réguliers, les plus obstinés dans la course aux points. Tellement obstinés que Gilbert en oublia que son équipe Omega Pharma-Lotto abritait un sprinteur de haut rang en la personne d’André Greipel, l’un des coureurs les mieux qualifiés pour s’imposer à Cavendish, et qui devait être supposément soutenu dans sa quête de victoires[2]. Le Champion de Belgique que Greipel accusait plus ou moins de ne pas lui avoir emmené le sprint, se vit reprocher une forme de récidive et une certaine disposition à jouer sa carte personnelle, lui qu’on avait vu promptement revenir sur son équipier Jürgen Van den Broeck la veille dans le dernier kilomètre de l’étape de Mûr-de-Bretagne.

 

... et à Châteauroux (devant Greipel à g. et Petacchi à dr.)
... et à Châteauroux (devant Greipel à g. et Petacchi à dr.)

Mark Cavendish étant lui aussi enclin à la récidive remporta le sprint final de Châteauroux, le surlendemain de sa première victoire, en dominant Petacchi, Greipel et Feillu. Le virtuose du sprint revenait ainsi aux sources, à Châteauroux qui l’avait vu triompher sur le Tour pour la première fois en 2008. Il cueillait cette fois son dix-septième succès, à seulement 26 ans – série en cours, amenée à se poursuivre encore au fil de ce Tour.

Le public découvre Hagen à Lisieux.
Le public découvre Hagen à Lisieux.

Entre Cap Fréhel et Châteauroux, pris par Cavendish, les Lexoviens applaudirent un autre génie du vélo, le jeune Norvégien Edvald Boasson Hagen que le grand public découvrit certes à l’occasion de cette première victoire acquise au sprint à Lisieux, mais qu’un public plus averti percevait déjà comme un champion hors normes depuis au moins deux ans. Le poupon de l’équipe Sky avait en effet eu de multiples occasions de démontrer toute l’étendue de son répertoire et avait signalé par un style admirable des dispositions à devenir l’un des plus beaux champions de la génération montante. Compétent à tous égards, excellent rouleur autant que sprinteur et finisseur, pas mauvais grimpeur, Boasson Hagen donna l’occasion à ses louangeurs de vanter ses mérites et de lui promettre une glorieuse décennie en faisant claquer son nom dans un sprint pluvieux où il contint Matthew Goss[3] (HTC-Highroad)et son compatriote Hushovd, vêtu de jaune.



[1] Où Farrar a ses habitudes pendant la saison cycliste européenne.

[2] Pour sa première participation au Tour de France, à déjà 29 ans.

[3] Vainqueur de Milan – San Remo en mars.

Voir le chapitre suivant.

Voir les classements de l’étape 3, de l'étape 5, de l'étape 6 et de l'étape 7.